Nous avons eu récemment le privilège d’échanger avec Jonathan Jeremiasz, fondateur de l’association Comme les Autres avec son frère Michael. Cette association soutient les personnes devenues handicapées moteur après un accident, en mettant l’accent sur leur réinsertion sociale et professionnelle.  Histoire de l’association, fonctionnement actuel, sources de financement et perspectives de développement sont les points que nous avons abordés et que nous partageons avec vous.


Vivien : Jonathan, merci de nous accorder cet entretien. Avant de parler de l’association, pouvez-vous nous raconter ce qui a été l’élément déclencheur de Comme les Autres ?

Jonathan Jeremiasz : Bien sûr. Tout commence le 07 février 2000 à Avoriaz. Mon frère Michael, qui avait 18 ans, a fait une terrible chute lors d’un concours de saut improvisé. Le verdict a été sans appel : fracture de la colonne vertébrale, compression de la moelle épinière, et un diagnostic de paraplégie. Malgré le choc, Michael a rapidement fait preuve d’une incroyable force de caractère. Ce rebond, cette capacité à retrouver le goût de la vie après un tel accident, a été pour nous une véritable leçon.


Vivien : Michael est même devenu champion paralympique, c’est bien ça ?

Jonathan Jeremiasz : Absolument. Il s’est lancé dans le tennis en fauteuil et a atteint le sommet de sa carrière, devenant champion paralympique. Cette trajectoire a nourri deux projets : d’un côté  Handiamo, pour soutenir les athlètes handicapés de haut niveau, et de l’autre Comme les Autres, créée en 2011, qui accompagne les personnes devenues handicapées moteur après un accident.


Vivien : Justement, concrètement, que propose votre association ?

Jonathan Jeremiasz : Nous avons voulu partager ce qui avait aidé Michael : retrouver confiance en soi et renouer avec son corps. Nous organisons des séjours sportifs à sensations fortes, mais pas seulement. Nous accompagnons aussi les bénéficiaires dans leur réinsertion sociale et professionnelle. Depuis notre création, nous avons suivi près de 1 500 personnes, et aujourd’hui, soit environ 300 bénéficiaires chaque année. “Comme les Autres”, c’est dans les deux sens. Nous avons dans toutes nos activités une mixité handi-valide pour changer les regards réciproques.


Vivien : Comment l’association est-elle structurée et financée ?

Jonathan Jeremiasz : Comme les Autres est une association loi 1901. Nous avons quelques centaines d’adhérents – surtout des bénéficiaires et des administrateurs. Côté financement, jusqu’à récemment, nous étions soutenus à 90 % par du mécénat privé et à 10 % par des subventions publiques.

Mais en 2022, nous avons franchi un cap : un contrat à impact social de 4 millions d’euros sur trois ans a été signé avec des investisseurs, dont BNP Paribas et la Caisse des Dépôts. L’État s’est engagé à rembourser ces fonds, avec intérêts, si nous atteignons nos objectifs sociaux. Sinon, ce sont les investisseurs qui portent le risque. Grâce à ce dispositif, nous sommes passés de 15 à 30 salariés et avons doublé le nombre de bénéficiaires accompagnés.


Vivien : Quels sont les défis à venir, notamment sur le plan financier ?

Jonathan Jeremiasz : Le contrat d’impact social est une chance, mais il a une fin. Nous devons préparer l’après, trouver de nouveaux financements publics et privés, et même réfléchir à des activités génératrices de revenus. Ce ne sera pas simple, mais c’est indispensable pour pérenniser nos actions.


Vivien : Quelles sont, selon vous, les grandes forces et faiblesses de Comme les Autres ?

Jonathan Jeremiasz : Nos forces sont évidentes : l’histoire personnelle derrière le projet, notre capacité de communication, une équipe talentueuse et engagée, et la diversité des compétences réunies. Nos faiblesses ? L’absence de financements pérennes, ce qui nous oblige à chercher constamment de nouveaux soutiens.


Vivien : Et votre vision pour l’avenir ?

Jonathan Jeremiasz : On va continuer à être innovant. Nous sommes aujourd’hui la seule organisation en France à proposer un accompagnement global aux personnes blessées à la moelle épinière. Notre objectif est de couvrir tout le territoire d’ici 2030 et d’accompagner les 600 nouveaux cas annuels.

Nous envisageons aussi une expansion internationale : commencer par les pays francophones, puis le Royaume-Uni, et pourquoi pas les États-Unis. Enfin, nous réfléchissons à élargir notre champ d’action à d’autres types d’accidents de vie.


Vivien : Votre approche est très humaine. Vous ne misez pas sur les innovations technologiques comme les exosquelettes, mais sur autre chose, n’est-ce pas ?

Jonathan Jeremiasz : Exactement. Nous nous concentrons sur le rebond personnel. Il ne s’agit pas d’attendre la solution miracle venue de la technologie, mais de se reconstruire avec les moyens existants, d’accepter son corps, et de retrouver le goût de vivre.


Vivien : Jonathan, un dernier mot pour les mécènes potentiels qui nous lisent ?

Jonathan Jeremiasz : Oui. Chaque don, chaque soutien est une étincelle pour ces personnes qui traversent une épreuve inimaginable. Avec vous, nous pouvons multiplier ces rebonds et offrir à encore plus de personnes un nouveau départ !

https://www.commelesautres.org